Lautréamont à Whitechapel, ou Maldoror l'Eventreur

6 - Maldoror

 

 

 

Et si les crimes changeaient d'auteur ?

 

Portrait d'Isidore Ducasse. Une vraie tête d'assassin ?

 

I

 

« Que diable pouvait faire dans la vie l'homme qui a écrit d'aussi terribles rêves ? » se demandera Huysmans après sa lecture des Chants de Maldoror1.

 

Lorsque Isidore Ducasse alias Comte de Lautréamont publie cette épopée en 1869, il a 23 ans et mourra, du moins officiellement, un an plus tard. Ce long poème en prose, décousu, fantastique et macabre, raconte pendant 6 chants les aventures d'un anti-héros digne des plus noirs romans gothiques de la littérature anglo-saxonne. Récit ironique et onirique, et source d'inspiration pour les surréalistes, Les Chants de Maldoror dépeignent les pulsions sadiques et meurtrières du personnage éponyme, tour à tour narrateur et personnage, parfois les deux à la fois ; quand ce n'est pas l'incertitude narrative qui règne...

 

Quant à l'auteur, sa vie est aussi mystérieuse que son œuvre. « Cent cinquante ans après sa naissance, écrit Perrone-Moisès2, que savons-nous, au juste, d'Isidore Ducasse ? Y a-t-il quelqu'un qui puisse affirmer, tranquillement, qu'il connaît à fond son œuvre ? Bien qu'on ait fait quelques progrès dans la connaissance de sa biographie, ce que l'on sait de lui, avec certitude, se réduit à bien peu. »

 

Peut-être l'interrogation de Huysmans trouvera-t-elle un début de réponse dans des événements survenus en Angleterre, 18 ans après la prétendue mort de Ducasse.

 

En effet, de 1888 à 1891 à Whitechapel, au centre du Grand Londres, onze meurtres non-élucidés de prostituées sont commis et attribués à différents suspects. Cinq d'entre eux en particulier, tous de 1888, passent pour avoir été perpétrés par le même tueur, qu'on nommera plus tard « Jack the Ripper » (Jackl'Éventreur). On n'a jamais attrapé ce serial killeraussi emblématique qu'énigmatique dont les cinq meurtres « canoniques », à l'horreur croissante, vont de l'égorgement à l'éviscération.

 

Ce mode opératoire doit être rapproché d'un passage du troisième des Chants de Maldoror, troublant de concordance avec les descriptions – que nous verrons plus tard – des meurtres de Jack l'éventreur :

 

 Celui-ci tire de sa poche un canif américain, composé de dix à douze lames qui servent à divers usages. Il ouvre les pattes anguleuses de cette hydre d’acier ; et, muni d’un pareil scalpel, voyant que le gazon n’avait pas encore disparu sous la couleur de tant de sang versé, s’apprête, sans pâlir, à fouiller le vagin de la malheureuse enfant. De ce trou élargi, il retire successivement les organes intérieurs ; les boyaux, les poumons, le foie et enfin le cœur lui-même sont arrachés de leurs fondements et entraînés à la lumière du jour, par l’ouverture épouvantable. [...] Un berger, témoin du crime, dont on n’avait pas découvert l’auteur, ne le raconta que longtemps après, quand il se fut assuré que le criminel avait gagné en sûreté les frontières, et qu’il n’avait plus à redouter la vengeance certaine proférée contre lui, en cas de révélation (p. 198-199).

 

C'est à la lecture de cet extrait que nous vint notre premier soupçon : et si les meurtres changeaient de suspect ? Et si Lautréamont et Jack l'Éventreur n'étaient qu'une seule et même personne ? Mais parmi les plus de cent suspects des meurtres de Whitechapel, nulles traces d'un Isidore Ducasse... Pourtant, qu'aurait pu faire d'autre dans la vie l'homme qui écrivit d'aussi terribles rêves ?

 

D'autres pièces à conviction viennent accabler Isidore Ducasse. Dans Poésies I, il évoque « la révolte féroce des Troppmann […], des Papavoine […] [et] des Charlotte Corday » (p. 333-334). Cette énumération révèle un intérêt du poète pour les meurtriers, en particulier ceux ayant œuvré à l'arme blanche, comme le fera Jack l'Éventreur : Charlotte Corday a poignardé Marat ; Louis-Auguste Papavoine a tué deux enfants à coups de couteau dans la tête ; et Jean-Baptiste Troppmann a massacré huit membres d’une même famille en 1869, année de la publication des Chants de Maldoror...

 

Nous avons donc, avec Lautréamont et Jack l'Éventreur, deux « objet[s] non-identifié[s] », pour paraphraser Perrone-Moisès3 ; deux classiques, dans des genres bien différents ; deux esprits criminels qui ne demandaient qu'à être rapprochés. Pourquoi alors ce rapprochement ne s'est-il jamais fait jusqu'à aujourd'hui ?

 

Deux objections semblent, en apparence seulement, mettre à mal notre thèse. Nous tâcherons de les écarter.

 

La première objection est que l'auteur des crimes de Whitechapel aurait récemment été identifié en 2019. Selon le Journal of Forensic Sciences4, de l'ADN retrouvé sur un châle ayant appartenu à Catherine Eddowes, la quatrième victime de l'Éventreur, aurait permis de démasquer le serial killer qui serait Aaron Kosminski, barbier et émigré polonais qui était également le principal suspect. Mais malgré le ton sensationnel des articles de presse, les résultats de l'analyse sont contestés au sein de la communauté scientifique : l'authenticité du châle ainsi que les méthodes employées par les chercheurs sont jugées douteuses5. Le mystère reste donc entier.

 

La seconde objection est plus pertinente : « mais comment donc Jack l'éventreur pourrait-il être Isidore Ducasse si ce dernier est mort en 1870, soit 18 ans avant les meurtres de Whitechapel ? » L'argument est sérieux ; il mérite qu'on s'y attarde. Certes, Lautréamont a a priori l'alibi parfait : il était mort au moment des faits. Mais nous déconstruirons cet alibi fallacieux. Pour expliquer ces crimes post-mortem, deux possibilités existent : l'une, surnaturelle et macabre ; l'autre, rationnelle et juridique. Nous plaiderons la seconde : Lautréamont n'est pas mort en 1870. Et celui qui voudrait prouver le contraire serait bien embêté, car c'est en vain qu'il chercherait le corps du poète dans un quelconque cimetière : en effet, Ducasse n'a laissé aucune dépouille !

 

Maurice Blanchot écrit :

 

Les derniers instants de Ducasse ne nous sont pas connus. [...] La fin de Lautréamont garde on ne sait quoi d'irréel. Attestée par la seule parole de la loi et dans la brève mention de l'acte de décès, « décédé... sans autres renseignements », aussi rapprochée que possible de la banalité, il semble qu’elle manque, n'ayant pas eu besoin d’arriver pour avoir lieu6.

 

Antonin Artaud ajoute : « L’histoire dit simplement, simplement et sinistrement, que l’acte de décès a été signé du patron de l’hôtel et du garçon qui le servait7. »

 

Enfin, Leyla Perrone-Moisès conclut : « L'acte de décès du poète semble adresser un ultime et ironique salut à tous ces détectives amateurs8 ».

 

 

Et ici commence le récit des aventures de Lautréamont en Angleterre. Tandis que nous tâcherons de les reconstituer, l'aphorisme célèbre de Sherlock Holmes guidera notre démarche : une fois l'impossible éliminé, ce qui reste – quelque improbable qu'il puisse paraître – doit nécessairement être la vérité9.

 

 

II

 

24 novembre 1870. Isidore Ducasse, 24 ans, né à Montevideo en Uruguay, simule sa mort au 7 rue Faubourg-Montmartre, Paris, avec la complicité des hôteliers, menacés ou achetés. Il disparaît alors, anonyme et mort-vivant, comme Maldoror, son personnage alter-ego. Libéré de tout état civil, il sera allé plus loin que Balzac qui ne voulait que lui faire concurrence... Lautréamont veut accomplir ce que jusqu'ici il n'avait fait que décrire. Après avoir écrit en meurtrier, il veut désormais tuer en poète. Par une métalepse de la fiction à la réalité, Isidore laissera-t-il son autre monstrueux se livrer à un « épanchement de l'œuvre dans la vie réelle », comme Nerval avec le songe dans Aurélia ?

Le passage de la plume au couteau se fera lentement. Ducasse laisse mûrir ses projets criminels. Quand arrivera-t-il en Angleterre ? Attendra-il en France pour ne traverser la Manche que peu de temps avant les crimes de 1888 ? Que fera-t-il durant ces 18 années ? Retournera-t-il un moment en Uruguay, son pays natal ? Son parcours sera aussi obscur après sa « mort » que de son officiel vivant.



 

Octobre 1873. – Arthur Rimbaud (1854 – 1891) publie Une saison en enfer. Sans doute Ducasse a-t-il lu ce recueil publié à compte d'auteur par son contemporain. Cette lecture se ressentira dans la lettre intitulée « From hell » (Depuis l'enfer) que Jack l'éventreur enverra supposément au comité de vigilance de Whitechapel le 15 octobre 1888, à 5 jours de l'anniversaire de Rimbaud. Cette même année 1888, l'auteur des Illuminations (émigré en Afrique) sera tenu pour mort par le milieu littéraire parisien, intrigué par sa subite disparition. On s'abstiendra d'accuser Rimbaud d'association de malfaiteurs...

 

 

1885. – Du moins, admettons ; nous ne sommes pas à une année près... Après un séjour à Montevideo, où peut-être il se sera fait la main dans des meurtres dont la notoriété ne traversera pas l'Atlantique, Isidore Ducasse revient en France. Mais la concurrence homicidaire est rude dans l'hexagone en cette année. L'affaire Prévost en 1879, l'affaire Menesclou en 1880 ou encore le meurtre de Marie Deluil-Martiny en 1884 incitent Lautréamont à partir pour l'Angleterre où, espère-t-il, il pourra faire figure d'avant-garde. Dans la locomotive de Paris à Saint-Malo, Ducasse lit avec passion De l'assassinat considéré comme un des beaux-art, publié en 1854 par Thomas de Quincey. Arrivé à destination, et après quelques soucis de passeport (le poète est officiellement mort, rappelons-le), il embarque.

 

Mais pourquoi l'Angleterre ? On trouve dans le dernier des Chants de Maldoror un imaginaire britannique. Le narrateur y évoque successivement « Mervyn, ce fils de la blonde Angleterre » (p. 289), « la Tamise brumeuse » (p. 291), « les annales britanniques de la chevaleresque histoire de nos ancêtres » (p. 292), « la sensible Londonienne » et « le commodore » (p. 293) à propos des parents de Mervyn ; ou encore le fait qu' « un Anglais n'abandonnera pas facilement l'occasion de voir clair dans ses affaires » (p. 295). De plus, le poète péripatéticide a pu vouloir retrouver à la source les prostituées anglaises qu'il avait connues en France. Dans le deuxième Chant, Lautréamont écrit : « On a vu des vendeuses d'amour s'expatrier avec gaîté des îles Britanniques, et franchir le détroit. » (p. 145). Jean-Luc Steinmetz précise que « ces détails correspondent à une réalité sociologique de l'époque. Les jeunes prostituées anglaises, en effet, venaient vendre leurs charmes dans les maisons de passe de la capitale » (Notes de l'édition, p. 297)

 

 

Il se peut aussi que le poète ait jugé Londres, ville la plus peuplée du monde à l'époque10, particulièrement propice à ses projets, comme le laisse penser cet extrait du dernier Chant, terriblement prophétique :

 

Il résolut de se rapprocher des agglomérations humaines, persuadé que parmi tant de victimes toutes préparées, ses passions diverses trouveraient amplement de quoi se satisfaire. Il savait que la police, ce bouclier de la civilisation, le recherchait avec persévérance, depuis nombre d’années, et qu’une véritable armée d’agents et d’espions était continuellement à ses trousses. Sans, cependant, parvenir à le rencontrer. Tant son habileté renversante déroutait, avec un suprême chic, les ruses les plus indiscutables au point de vue de leur succès, et l’ordonnance de la plus savante méditation. (p. 286)

 

 

 

Arrivée sur le sol anglais.

Comme dans un conte de fée, c'est en ferry qu'Isidore Ducasse arrive au port de Plymouth. Après avoir fait le change de quelque argent obtenu crapuleusement, l'écrivain loue une chambre à Whitechapel, quartier aux loyers peu chers, mais particulièrement mal famé. À l'époque, Whitechapel est considéré par Scotland Yard comme le lieu le plus dangereux de Londres. La violence, le vol, l'ivrognerie et la prostitution y prolifèrent. C'est le Gotham city d'outre-Manche, le Ciudad Juarez d'Albion, le Sodome britannique... Mais pour Lautréamont, c'est la Côte d'Azur du mal. Le poète s'y trouve à sa place.

Pendant trois ans, il gagnera sa vie plus ou moins honnêtement en donnant des cours de français et d'espagnol, le temps de se familiariser avec les lieux et de préméditer son œuvre malfaisante. Il apprendra aussi l'anglais, tant bien que mal : ses lettres à la police, nous le verrons, trahiront sa francité.

 

 

 

31 août 1888. – 1er meurtre de Lautréamont l'Éventreur.

Lautréamont a 42 ans. C'est un bon nombre pour un serial killer : John Wayne Gacy, le « clown tueur », naîtra en 1942, Ted Bundy sera exécuté à 42 ans...

Mary Ann Nichols, la première victime de Ducasse, a fêté ses 43 ans il y a 5 jours. Comme les quatre prochaines proies de l'Éventreur, elle vit de la prostitution. Ce vendredi 31 août, le Soleil est en Vierge, Mars en Scorpion et Vénus en maison IV : ce n'est pas un bon soir pour sortir. Mais Mary Ann Nichols est peu versée dans l'astrologie. Elle sera retrouvée morte à Buck's Row, rue de Whitechapel. La pauvre femme est égorgée. Sa langue, son ventre, ainsi que son sexe sont profondément tailladés. Minimaliste, ce meurtre n'a pas encore le style caractéristique des derniers crimes. Comme un peintre, Lautréamont en est encore à sa première manière. Mais déjà, ce féminicide pratiqué en pleine rue permet de rendre à l'Éventreur le statut qui lui revient : celui de précurseur du street art.

 

 

 

8 septembre 1888. – 2ème meurtre de Lautréamont l'Éventreur.

Mis en confiance par ce premier assassinat sur le sol anglais, Ducasse se montrera cette fois plus hardi. Annie Chapman, – 47 ans, mère de famille –, deviendra malgré elle le deuxième Chant de cette épopée d'un genre nouveau. Elle sera retrouvée le matin dans la cour intérieure du numéro 29 de Hanbury Street. Gisant par terre, elle est presque décapitée par son égorgement. L'Éventreur lui a ouvert le ventre et déposé les intestins sur l’épaule. Le vagin, l’utérus et les deux tiers de la vessie ont été prélevés. Pour le médecin légiste George Phillips, il ne fait aucun doute que l'assassin a des notions d'anatomie : les organes reproducteurs ont en effet été coupés d'un seul coup à l'aide d'une lame de 15 à 20 cm. Ces deux dernières précisions sont précieuses pour l'inculpation de Lautréamont : comme le rappelle Nathalie Fortin, « [Ducasse s'est] peut-être [inscrit] en médecine, ce qui expliquerait l’emploi de tous les termes médicaux de [son œuvre]. »11 Quant à la lame, elle nous rappelle l'obsession que manifeste Lautréamont pour les couteaux dans Les Chants de Maldoror :

 

Chant 1 : « J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres » (p. 71).

 

Chant 2 : « J’avais d’abord résolu de le tuer à coups de couteau, lorsqu’il aurait dépassé l’âge d’innocence [...]. Tout était prêt, et le couteau avait été acheté. Ce stylet était mignon, car j’aime la grâce et l’élégance jusque dans les appareils de la mort ; mais il était long et pointu. Une seule blessure au cou, en perçant avec soin une des artères carotides, et je crois que ç’aurait suffi. » (p. 140-141)

 

Chant 2 : « Du haut du rocher, l’homme à la salive saumâtre, se jette à la mer [...] en tenant à la main ce couteau d’acier qui ne l’abandonne jamais. » (p. 180)

 

Chant 4 : « Il m’avait arrêté la main, au moment où je levais mon poignard pour percer le sein d’une femme» (p. 246).

 

Par ailleurs, l'une des témoins, Elizabeth Long, déclara avoir vu Annie Chapman parler à un homme dans la quarantaine, un peu plus grand que Chapman, et le teint foncé. Ducasse a justement 42 ans au moment des faits. On l'imaginera très bien bronzé par son récent séjour en Uruguay...

 

 

 

30 septembre 1888. – 3e et 4e meurtres de Lautréamont l'Éventreur.

Cette même nuit, entre 1h et 1h45 du matin, celui que l'on surnomme Jack l'Éventreur ne tuera pas une, mais deux victimes. On ne sait pas très bien quelle Muse préside aux assassinats, mais Ducasse apparaît particulièrement inspiré dans ce diptyque meurtrier. À moins que le deuxième féminicide ne vienne que compenser celui probablement interrompu d'Elizabeth Stride. En effet, la première martyre de ce 30 septembre, retrouvée à Dutfield's Yard, sera certes égorgée, mais pas mutilée comme les précédentes victimes. Symphonie inachevée.

Moins d'une heure plus tard, à Mitre Square, l'Éventreur se rattrapera sur Catherine Eddowes. La prostituée de 46 ans sera affreusement mutilée et défigurée. On la retrouvera l'abdomen ouvert, les organes extraits et disposés près du visage. Lautréamont a emporté un rein comme souvenir. Nous verrons tout à l'heure pour quel usage... L'Éventreur enlève un rein comme un poète supprime une syllabe en trop dans un alexandrin.

 

 

 

30 septembre 1888 bis. – Le graffiti de Goulston Street.

À peine 1h après ce double meurtre, la police découvre, à environ 500 m de la scène du crime, le fameux châle de Catherine Eddowes par lequel des scientifiques crurent récemment avoir démasqué Jack l'Éventreur. Près du morceau de tissu est trouvée sur un mur une inscription à la craie blanche. Encore une fois, l'heure est au street art, et l'Éventreur londonien a devancé Banksy. Probablement stimulé par son diptyque impromptu, Lautréamont aura souhaité s'essayer à un genre nouveau. Mais l'œuvre fera polémique...

 

Que Ducasse écrira-t-il donc sur ce mur, peu pressé de s'enfuir après ses deux crimes ?

« The Juwes are the men That Will not be Blamed for nothing ».

 

Interprété par la police comme une accusation envers les Juifs, le message sera effacé 2h après sa découverte afin d'éviter de potentielles émeutes antisémites. Le graffiti ayant été recopié à la main sans avoir été photographié avant sa suppression, les témoignages des témoins oculaires ne seront jamais concordants sur la tournure exacte de la phrase originale, effacée dans la précipitation.

 

Mais peut-être cette référence ne pouvait-elle tout simplement pas être comprise de la police londonienne qui n'avait lu Les Chants de Maldoror ni en français, ni en anglais ; langue dans laquelle ils ne seront traduit qu'à partir de 1924. Pour attraper Lautréamont l'éventreur, il ne fallait pas un détective, mais un critique littéraire. De fait, dans le Chant III du poème, le narrateur fait une analogie entre Maldoror et la figure du Juif errant ; ce personnage légendaire qui, condamné à l'immortalité, erre éternellement :

 

Tremdall a touché la main pour la dernière fois, à celui qui s’absente volontairement, toujours fuyant devant lui, toujours l’image de l’homme le poursuivant. Le juif errant se dit que, si le sceptre de la terre appartenait à la race des crocodiles, il ne fuirait pas ainsi. (p. 199)

 

Ainsi, le terme « Juif » était sans doute à prendre dans un sens figuré intertextuel. S'agissait-il alors d'une auto-accusation schizophrénique de Ducasse envers Maldoror ? Ou de Ducasse envers Lautréamont ? Ou de Lautréamont envers Ducasse ? Ou de Maldoror envers Lautréamont ? Ou de Lautréamont envers Maldoror ? Ou de Maldoror envers Ducasse ? On ne sait plus très bien qui est qui. Mais l'œuvre du poète contient également une association entre judaïsme et graffiti, qui accuse à nouveau Lautréamont dans cette affaire. Toujours dans le Chant III, alors que Maldoror découvre un lupanar, nous pouvons lire :

 

J’allais descendre du pont, quand je vis, sur l’entablement d’un pilier, cette inscription, en caractères hébreux : « Vous, qui passez sur ce pont, n’y allez pas. Le crime y séjourne avec le vice ; un jour, ses amis attendirent en vain un jeune homme qui avait franchi la porte fatale » (p. 206)

 

Cette mise en garde dantesque est suivie un peu plus loin par une scène où notre suspect lui-même se livre au graffiti :

 

Je me retirai, et j’arrivai sur le pont. J’effaçai l’inscription primordiale, je la remplaçai par celle-ci : « Il est douloureux de garder, comme un poignard, un tel secret dans son cœur ; mais, je jure de ne jamais révéler ce dont j’ai été témoin, quand je pénétrai, pour la première fois, dans ce donjon terrible. » Je jetai, par dessus le parapet, le canif qui m’avait servi à graver les lettres. (p. 215)

 

Jean-Luc Steinmetz précise : « Le narrateur se donne comme sachant déchiffrer l'hébreu. Dans les Poésies I, Ducasse rappelle un professeur de seconde donnant à traduire en vers hébreux des poèmes français ». (Notes de l'édition, p. 406)

 

 

Le graffiti de Goulston Street aura en outre permis aux contemporains de l'Éventreur de suspecter au moins sa nationalité.

 

En effet, le journaliste Robert D'Onston Stephenson affirma dans le Pall Mall Gazette du 1er décembre 1888 que l'auteur de la phrase était certainement français à cause de la double négation, de l'usage de deux articles définis (« The Juwes are the men [...] »), des fautes d'orthographe ainsi que de la syntaxe. Le journaliste alla même jusqu'à prétendre que le meurtre de prostituées était un crime typiquement français...

 

 

 

Du 1er au 15 octobre 1888. – Lettre et carte postale. Le 9e art.

Deux documents attribués à Jack l'Éventreur apportent un éclairage nouveau sur un possible mobile de ses meurtres. Le 1er octobre, une carte postale est reçue par la Central News. Celle-là, tachée par ce qui semble être du sang, est signée « Saucy12 Jacky » par son destinateur qui se présente comme l'assassin. Notons que dans le sixième des Chants, Maldoror envoie à Mervyn une lettre avec « une tâche de sang au bas de la page » (p. 295).

Le 15 octobre 1888, c'est une lettre qui est envoyée au Whitechapel Vigilance Committee. La missive, intitulée « From Hell » trahit les lectures rimbaldiennes de Lautréamont qui avait sans doute lu Une saison en enfer. Toujours à l'avant-garde, et en avance sur Luka Rocco Magnotta (dit le dépeceur de Montréal) le poète accompagne sa lettre d'une boîte contenant la moitié d'un rein humain conservé dans du vin. Est-ce celui de Catherine Eddowes qui lui avait été exentéré ? Quoiqu'il en soit, l'Éventreur écrit dans sa lettre avoir frit l'organe et s'en être régalé. Dans cette boucherie au propre et au figuré, c'est un Lautréamont gastronome qui apparaît inopinément. Avec « Saucy Jacky », nous n'étions pas loin de « Buffalo Bill »... La piste d'un gourmet soucieux de promouvoir l'art culinaire n'a pas été suffisamment explorée.

 

On ne s'appelle pas impunément Ducasse...

 

 

9 novembre 1888. – 5e et dernier meurtre de Lautréamont l'Éventreur.

Il est 2h du matin. Ce dernier meurtre de Jack l'Éventreur sera aussi le plus morbide de tous. Lassé du street art, Lautréamont exposera cette fois en galerie. C'est dans un appartement de Dorset Street, réputée la pire rue de Londres, que le « corps » de Mary Jane Kelly, 24 ans, sera retrouvé. La police, et le propriétaire, en découvrant son œuvre, apprécieront très peu le vernissage...

Cet ultime assassinat est si monstrueux que nous ne nous complairons pas à le décrire. Disons simplement avec flou et pudeur que plus rien n'était à sa place, et que si l'infortunée Mary Jane Kelly n'avait pas été retrouvée dans sa chambre, il aurait été impossible de l'identifier. Détail curieux : son cœur a été emporté. Pourquoi donc rapporter un cœur ? Lautréamont était écrivain. Dans une lettre au Central news du 27 septembre 1888 intitulée « Dear Boss », dans laquelle Jack l'Éventreur signe de son surnom célèbre, il disait avoir voulu conserver du sang de ses crimes pour rédiger ses lettres avec. Ducasse y déplorait que le sang, versé dans une cannette de bière, soit devenu « épais comme de la colle ». Sans soute aura-t-il été plus prévoyant en emportant cette fois directement un cœur en guise d'encrier.

 

 

Lautréamont assassin ; Jack l'Éventreur poète.

 

Enfin, si envisager Lautréamont comme meurtrier était aisé au vu de son œuvre littéraire, il était moins évident de concevoir Jack l'Éventreur comme un poète. Et pourtant, sur ce point les deux personnages se rejoignent encore. Car quoique Humbert Humbert clame dans Lolita que « les poètes ne tuent pas », on rappellera que François Villon a tué un prêtre, et Verlaine tiré sur Rimbaud. Ainsi, Donald McCormick, dans The Identity of Jack the Ripper (1959), rapporte un poème envoyé à la police, que nous attribuerons volontiers à un Ducasse anglicisant. Voici la pièce à conviction, accompagnée d'une traduction de notre fait :

 

Eight little whores, with no hope of heaven,

Gladstone may save one, then there'll be seven.

Seven little whores beggin for a shilling,

One stays in Henage Court, then there's a killing.

Six little whores, glad to be alive,

One sidles up to Jack, then there are five.

Four and whore rhyme aright,

So do three and me,

I'll set the town alight

Ere there are two.

Two little whores, shivering with fright,

Seek a cosy doorway in the middle of the night.

Jack's knife flashes, then there's but one,

And the last one's the ripest for Jack's idea of fun.

Huit petites catins, déshéritées des cieux :

Que Gladstone en sauve une, il en restera sept.

Sept petites catins, mendiant une piécette,

Une est à Henage Court... « Était »... Fermons ses yeux.

Six petites catins, heureuses d'être en vie...

Mais déjà, plus que cinq, tant l'Éventreur sévit.

« Quatre » et « catin » ça se ressemble,

Et « Trois » et « moi » riment ensemble.

À Londres je mettrai le feu

Avant qu'il n'en reste que deux.

Deux petites catins, tremblantes de terreur

Cherchent une embrasure où fuir l'œil de la lune.

Mais la lame de Jack étincelle : plus qu'une !

Et la dernière, enfin, réjouira l'Éventreur.

 

 

Cette comptine constitue une nouvelle et ultime charge à l'encontre de Lautréamont. Le style et les obsessions de l'écrivain y sont manifestes. Outre la tonalité caustique et le refrain (« little whores ») qui rappelle l'anaphore lautréamontienne, abondante dans Les Chants de Maldoror13, nous retrouvons aussi le goût de Ducasse pour la métatextualité. De fait, dans ce poème (« Four and whore rhyme aright, So do three and me ») comme dans les Chants (« Puisque vous me conseillez de terminer en cet endroit la première strophe, je veux bien, pour cette fois, obtempérer, à votre désir », pp. 290-291), l'auteur s'amuse avec des commentaires sur l'acte même d'écriture qui accélèrent le rythme de la narration.

 

En outre, un calembour est produit dans les deux textes sur un même mot, particulièrement important pour ces deux hommes qui n'en sont qu'un. Dans le dernier vers de la comptine, le superlatif « ripest » peut être traduit de deux manières :

  • « la plus mûre » (de ripen, « mûrir »), c'est à dire la plus prête, la plus à même de satisfaire l'éventreur ;

  • « la plus fendue », ce qui est le triste sort que lui réserve le tueur en série.

En effet, le verbe to rip signifie littéralement « fendre » (ou « déchiqueter », « déchirer »). Jack the Ripper devrait donc se traduire « Jack le fendeur », et non « l'éventreur14 ».

 

Dans les Chants de Maldoror, le fait de « fendre » ou de « se fendre » est un véritable leitmotiv qui traverse toute l'épopée. Dans le Chant I, Lautréamont – comme dans la comptine – utilise ce verbe pour produire un jeu de mot avec l'expression « se fendre (la poire/de rire) » :



En voyant ces spectacles, j’ai voulu rire comme les autres ; mais cela, étrange imitation, était impossible. J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. (p. 71)



 

Maldoror est donc réellement un ripper ; d'où le surnom que, rappelons-le, l'assassin s'est lui-même donné dans sa lettre du 27 septembre 1888.

 

Thématiquement, l'obsession morbide du serial killer pour les prostituées, visible dans ses meurtres comme dans sa comptine, devait nécessairement laisser des antécédents dans l'œuvre de Ducasse. Et en effet, outre son amour des couteaux (cf « Jack's knife flashes » à l'avant-dernier vers) déjà relevé plus haut, le thème de la prostitution est omniprésent dans Les Chants de Maldoror.

 

Ainsi, dans le Chant 1, le narrateur déclare :

 

J'ai vu, pendant ma toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes […] pervertir les âmes par tous les moyens […]. Je les ai vus tous à la fois [...] prostituer les femmes et les enfants, et déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur. (pp. 71-72)

 

Plus loin, Maldoror, face à la Prostitution personnifiée, dit :

 

J’ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles […]. J’ai pitié des malheureux. Ce n’est pas ta faute, si la justice éternelle t’a créée […]. Je t’aimerai toujours !... Dès aujourd’hui, j’abandonne la vertu. (p. 105)

 

De même, dans le Chant 5, nous pouvons lire : « Votre prostitution, s’offrant au premier venu, exerce la logique des penseurs les plus profonds. » (p. 265-266)

 

Il est à noter que si Maldoror décrit la prostitution comme immorale, il ne la blâme pas : bien au contraire, il approuve tout ce qui peut s'apparenter au vice.

 

 

 

Mobile.

 

Mais si notre meurtrier est complaisant envers les prostituées, pourquoi les tuer ? En dehors de pulsions sadiques et d'une méchanceté congénitale (« Il s’aperçut ensuite qu’il était né méchant : fatalité extraordinaire !», p. 70), le mobile de ces crimes réside peut-être dans la misogynie de Maldoror, probablement due à une impuissance du criminel dont les cinq victimes officielles n'ont jamais été violées. Cette haine viscérale des femmes est explicite :

 

Moi, je n’aime pas les femmes ! Ni même les hermaphrodites ! Il me faut des êtres qui me ressemblent, sur le front desquels la noblesse humaine soit marquée en caractères plus tranchés et ineffaçables ! Êtes-vous certain que celles qui portent de longs cheveux, soient de la même nature que la mienne ? Je ne le crois pas […] (pp. 265-266)

 

 

Plus implicite est l'aveu d'impuissance de Lautréamont. Au Chant III, Maldoror découvre un lupanar et sa « lanterne rouge, drapeau du vice ». Dans ce bordel, « demeure de toutes ces femmes qui montraient chaque jour, à ceux qui entraient, l’intérieur de leur vagin, en échange d’un peu d’or », Maldoror surprend à travers un tamis la complainte d'un cheveu blond géant (sic), tombé de la tête de son « Maître ». Ce dernier s’est « accouplé avec une femme dégradée, dans des embrassements lascifs et impurs ». Dans une scène d'horreur narrée par le cheveu, en espace confiné comme le dernier meurtre de l'Éventreur sur Mary Jane Kelly, le « Maître » massacre un jeune homme « littéralement écorché des pieds jusqu’à la tête », dont « des lambeaux de chair tomb[ent] au pied du lit […] sur le parquet couvert de sang caillé, de lambeaux de viande sèche » (p. 204-211). Ce « Maître » se révèle n'être rien de moins que Dieu, indirectement désigné par l'expression « Tout-Puissant ».

 

Dans cet extrait – où, comme dans la comptine, nous avons une triade poésie-prostitution-meurtre –, il y a un rapport sexuel, mais ce n'est pas Maldoror qui agit. Ce dernier, à travers le récit du cheveu, n'est que le témoin passif et indirect des amours du « Tout-Puissant ». De là à déclarer Lautréamont « im-puissant », il n'y a qu'un pas. C'est d'ailleurs la thèse de Patricia Cornwell au sujet de son suspect, le peintre Walter Sickert15, que nous pouvons aujourd'hui disculper, au même titre que Kosminski...

 

 

Conclusion.s.

 

À l'issue de cette enquête littéraire, de cet exercice de criminologie comparée et de critique policière, nous requérons la condamnation d'Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont, aka Maldoror. Car le scélérat, malgré l'apparente multiplicité de ses personnalités, est de son propre aveu responsable de ses actes : « Si j'existe, je ne suis pas un autre. Je n'admets pas en moi cette équivoque pluralité (p. 260)16. »

 

Cependant, et pour terminer, si inculper Isidore Ducasse des crimes de Jack l'éventreur est déjà une accusation assez accablante, ce n'est pas le seul méfait dont le poète se soit rendu coupable. Lautréamont est également l'auteur d'un autre crime, plus littéraire et donc plus grave. En effet, la structure du poème anglais (Eight little whores) n'aura pas manqué d'être familière au lecteur : nous accusons Ducasse de plagiat de la comptine Ten Little Niggers de Frank Green (1869) ; voire, plus problématique, de plagiat par anticipation17 de l'adaptation qu'en fit Agatha Christie pour son roman du même nom de 1939.

 

Le critique a plaidé : au lecteur de juger.

 

 David Keclard.

 

 

Post-scriptum de Matriochca :

Il n'est d'ailleurs pas exclu qu'après les méfaits dévoilés par l'agent Keclard, Isidore Ducasse ait à nouveau embarqué, pour les Etats-Unis cette fois, afin de continuer à perpétrer ses crimes sous le pseudonyme de Holmes - clin d'œil, pourquoi pas, au détective londonien dont la première aventure venait de paraître en 1887. Pour suivre cette piste, rendez-vous à notre édito Holmes est un serial killer !

 

 

Edition de référence :

LAUTRÉAMONT, les Chants de Maldoror ; Poésies I et II ;  Lettres, Flammarion, Paris, 1990.

Notes

1. Lettre à Jules Destrée, le 27 septembre 1885.

2. Leyla PERRONE-MOISÈS, « Deux ou trois choses que l'on sait de lui », in: Littérature, n°117, 2000. La mise à distance, pp. 18-37.

3. Op. cit.

4.  Jari LOUHELAINEN et David MILLER, « Forensic Investigation of a Shawl Linked to the “Jack the Ripper” Murders », Journal of Forensic Sciences [en ligne], créé le 12 mars 2019, disponible sur : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/1556-4029.14038 (consulté le 7 avril 2019).

5. Hervé RATEL, « Jack l'éventreur enfin démasqué ? Pas vraiment... », Sciences et avenir [en ligne], créé le 28 mars 2019, disponible sur : https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/biologie-cellulaire/jack-l-eventreur-enfin-demasque-pas-vraiment_132506 (consulté le 21 mai 2019).

6. Maurice BLANCHOT, Lautréamont et Sade, Les Éditions de Minuit, 1963, pp. 187-188.

7. Antonin ARTAUD, Suppôts et suppliciations, Oeuvres complètes, tome XIV, Gallimard, 1978, pp. 32-37.

8. Leyla PERRONE-MOISÈS, op. cit.

9. « When you have eliminated the impossible, whatever remains, however improbable, must be the truth » (Arthur Conan DOYLE, Le Signe des quatre, 1890).

10. « Faut-il rappeler, pour commencer, l'extraordinaire dynamisme démographique de Londres ? En 1851, en effet, Londres détient depuis longtemps, et pour longtemps encore, un record : celui d'être la première ville du monde » (François BÉDARIDA, Londres au milieu du XIXe siècle : une analyse de structure sociale, in Annales. Economies, sociétés, civilisations. 23ᵉ année, N. 2, 1968. p. 271).

11. Nathalie FORTIN, « Études sur l’énigme Lautréamont », Acta fabula, vol. 7, n° 5, Octobre 2006, disponible sur : http://www.fabula.org/revue/document1607.php (consulté le 30 mars 2019). Compte-rendu de Pierssens, Michel, Ducasse et Lautréamont : L’envers et l’endroit, Du Lérot & Presses Universitaires de Vincennes, 200522Op. Cit., p. 71.

12. « Saucy » peut signifier aussi bien insolent qu' ensaucé.

13. Exemple parmi d'autres : « Et je me demandais qui pouvait être son maître ! » (répété 7 fois dans le Chant III, pages 207 à 211 de notre édition susmentionnée).

14. Littéralement the disemboweler, ou the eviscerater.

15. Patricia CORNWELL, Jack l'Éventreur : Affaire classée - Portrait d'un tueur, 2002.

16. Lautréamont est ici radicalement opposé à Rimbaud qui affirmait que « Je est un autre ».

17. Pierre BAYARD, Le Plagiat par anticipation, Les Éditions de Minuit, Paris, 2009 (Paradoxe).

Par David Keclard

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

intercripol