Que vaut un orang-outang à l'époque de "Double assassinat dans la rue Morgue" ?

 

Retour au sommaire de l'enquête

                

 

 

Les orangs-outangs ne firent leur apparition en Europe qu’à la charnière du XIXème siècle.

Avant cette époque, ce qu’on recensait sous ce nom était soit une créature anthropomorphe folklorique (l’homme des bois), soit le chimpanzé avec lequel on l’avait confondu (l’observation de deux individus d’âge et donc de taille et de développement différents avait fait accroire à deux espèces distinctes).

 

La première description d’un orang-outang date de 1780 (elle est due au naturaliste Frederik von Wurmb). Le spécimen étudié n’a pas été capturé vivant : l’animal récalcitrant est tué par un marchand hollandais dans les forêts de Landak.

 

On sait que seulement deux orangs-outangs furent introduits vivants en France, dans la capitale :

 

— en 1808 : un orang outang est offert à l’impératrice Joséphine. C’est cet individu que Frédéric Cuvier a pu observer et à propos duquel il publie en 1810 une Description d’un orang-outang et observations sur ses facultés intellectuelles. L’individu ne survivra que quelques mois.

 

— en mai 1836 : premier spécimen vivant à entrer à la Ménagerie du Jardin des plantes, surnommé Jack. Acheté par le Muséum 3500 francs (une somme conséquente). Malade, il meurt dans les premiers jours de l’année 1837. Il est l’objet de toutes les fascinations ; le public accourt pour le voir. George Sand le visite. Liszt avait même projeté de lui donner un concert privé. On renvoie le lecteur à la traduction d’un article de Richard W. Burkhardt, historien des sciences, à laquelle on emprunte ces informations : http://edu.mnhn.fr/pluginfile.php/19762/mod_resource/content/2/Orangoutan.pdf.

 

Tous ces éléments indiquent au moins que les chances

1° de capturer un orang-outang vif ;

2° de le rapatrier incognito et de l’extraire du circuit institutionnel ;

3° de le conserver en bonne santé sous les climats d’Europe ;

sont, chacune et collectivement, assez minces. Que la bête du marin maltais soit restée quelques jours en parfaite liberté sans avoir été repérée paraît en outre peu crédible.

Par William Kels

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

intercripol